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L’idée de voyager dans l’espace est très ancienne. En 125 DC le Syrien Lucien de Samosat contait déjà ses aventures imaginaires jusqu'à la lune, dans ses Histoires Vraies. Ce n’est que deux millénaires plus tard que le génie humain réussit á transformer ce fantasme en réalité.

L’ère spatiale démarra en 1957 avec le lancement de la sonde Sputnik  par l’Union Soviétique (photo a droite). Depuis maintenant plus de 60 ans, l’aventure spatiale n’a cessée de nous passionner en relevant des défis toujours plus grands, avec des échecs parfois tragiques, mais aussi des succès magnifiques. Du point de vue technique, les avancées on été fascinantes : des premières sondes de quelques kilogrammes à l’établissement d’une base orbitale hebergeant une dizaine d’astronautes (l’ISS), des premiers vols sub-orbitaux à l’atterrissage de Philae (image plus bas), le compagnon de la sonde Rosetta, sur une comète lointaine de 510 millions de km. Les informations récoltées pendant ces missions ont accru la connaissance et la compréhension de notre Terre et de notre Univers : aujourd’hui, nous sommes (quasiment) certains que l’univers ait été engendré par une singularité primordiale, le Big Bang, qu’il existe d’autre planètes pouvant accueillir la Vie, que nous somme des poussières d’étoiles, constitués d’atomes fabriqués dans d’autres galaxies, dans le cœur d’étoiles aujourd’hui désintégrées et, dans un registre plus alarmiste, que notre survie sur la Terre est menacée par des changements climatiques d’une ampleur insoupçonnée jusqu’alors.

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Cependant, ces découvertes ont aussi dévoilé l’étendue de notre ignorance. Aussi ces dernières décennies ont posé de nouvelles questions comme l’existence de la matière sombre, des ondes gravitationnelles ou la possibilité de voyager á des vitesses supraluminiques.  Est t’il possible que la vie Terrienne vienne de Mars ? Sommes nous á l’abri  d'une collision avec une astéroïde ou des éjections massives de matière de notre Soleil ? Qu’allons nous découvrir dans les poussières sidérales qui balaient notre Terre, en explorant les astéroïde qui passent á proximité, ou nos planètes voisines et leur lunes ?


Ces questions peuvent paraître déconnectées de notre quotidien, cependant, en y regardant de plus près nous pouvons voir que le spatial a des applications concrètes dans notre quotidien. Les satellites GPS et Galileo guident nos avions et nos voitures. Les satellites d’observations prédisent la météo et nous alertent quand des événements climatiques nous menacent. En mer ou dans les régions isolées, nous accédons à Internet grâce aux satellites de communications. Ces outils contemporains sont les fruits de notre désir d‘exploration.

philae

Un aspect plus conflictuel est celui des coûts alloués au spatial. Les budgets (publics) engagés pour l’exploration spatiale sont extrêmement importants. Pour entreprendre l’exploration d’un corps du système solaire, un projet d’une dizaine d'années semble une bonne moyenne. Pendant ces dix ans une cinquantaine de spécialistes vont travailler á plein temps sur le conception, la réalisation et le contrôle des opérations de la sonde. A cela il faut ajouter le coût des services de lancement et d’achat des équipements qualifiés. Au total cela représente un budget moyen de 200 MEUR.

Cependant un changement profond est á l’œuvre sous l’action d’un phénomène bien connu de l’industrie : la productivité. Tout secteur industriel est largement influencé par la diminution des coûts de production. Dans certains secteurs (comme l’électronique) les gains de productivité sont flagrants depuis plusieurs années comme le montre la chute des prix des ordinateurs et des téléphones portables. L’innovation et l’automatisation permettent de produire plus, mieux et moins chers dans un marché concurrentiel où les pionniers (eg. l’Iphone d’Apple) forcent les concurrents á s’aligner (les autres fabricants de smartphones).

Pour l'industrie spatiale les gains de productivité ont été faibles en comparaison des autres secteurs, jusqu'à présent. Sans trop s’attarder sur les raisons de ce « retard »,  on peut en mentionner deux : l’exploration spatiale n’est pas un marché concurrentiel et de ce fait une innovation technologique par un acteur ne signifie pas nécessairement l’alignement des concurrents et donc une réduction des prix. D’autre part, les cycles d’innovations dans le spatial sont très longs car les cycles de développement, de validations et de retour sur expérience sont eux-mêmes très longs notamment á cause des exigences de qualités extrêmes de ce secteur: “failure is not an option” dixit la NASA.


Mais certains changements qui traversent actuellement l’industrie spatiale sont en train d’opérer un «rattrapage ». En premier lieu la concurrence qui auparavant ne portait que sur les prix des satellites de communications est en train de gagner les autres branches de l’industrie spatiale, comme l’observation de la terre. Nous assistons aussi a une course sur les prix de lancement (SpaceX, PSLV) et à l'apparition de nouveaux moyens de propulsion qui ne consomment aucune ressource comme la propulsion par vent solaire (image ci-contre: Ikaros, Interplanetary Kite-craft Accelerated by Radiation of the Sun, lancè en 2010 par l’Agence Spatiale Japonaise, Jaxa)
D’autre part l’émergence de design et concept « libres » pour des plateformes de satellite comme CubeSat (photo plus bas, Projet scientifique collectif X CUBESAT) sont en train de bousculer les mastodontes de l'industrie. La mise à disposition des plans, techniques et processus pour la conception d’objets spatiaux robustes va accélérer un mouvement déjà perceptible de diminution des coûts.  A titre de comparaison les serveurs Apache (logiciel libre) font tourner 80% des serveurs de l’Internet pour une fiabilité extrême et des coûts logiciels nuls.

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Aussi, les cycles spatiaux deviennent de plus en plus courts et cela parce que l’infrastructure déployée jusqu'à présent (eg l’ISS, les satellites d’observation et de positionnement) permet le lancement de missions plus complexes en utilisant ces moyens déjà disponibles. Dans cette nouvelle phase industrielle, les coûts nécessaire pour la construction et la conduite de missions d’exploration spatiale vont se réduire de plus en plus.

Finalement, nous assistons à l’intégration de l’Internet, et de ses diverses composantes dans la technique spatiale. De la même manière que l’Internet a changé nos activités commerciales, notre vie sociale et notre rapport à l’information, le spatial commence à profiter de cette révolution de l’information. Du programme SETI (pour rechercher des signaux extra-terrestres en utilisant les ordinateurs des internautes) aux applications en ligne pour surveiller la production agricole ou la déforestation grâce a l’imagerie satellitaire, les informations spatiales sont maintenant partagées, analysées par des communautés virtuellement reliées sur la toile.

La mutation des technologies spatiales, la diminution des coûts et l’intégration des technologies de l’information vont permettre le déploiement de nouvelles missions, plus nombreuses et beaucoup moins chers, pour explorer l’espace. Mais au delà des aspects techniques et économiques l’impact le plus fort sera peut être social. En effet la “démocratisation”  des moyens spatiaux pourrait marquer une nouvelle étape de l’aventure Humaine, une aventure collective au delà des frontières historiques de notre Terre.

 

-par Olivier Becu-

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